Elle est venue la mort

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Elle est venue, oui, elle est venue
venue dans le noir, venue dans le clair,
venue dans le clos et l'ouvert
aveugle, édentée,
l'ossature résumée à sa poussière,
couteaux aiguisés, l'âme pointée
pareille au canon du colt,
sa cartouchière emplie de détritus pulvérulents
du pus de la foudre
les orbites déliquescentes de la dernière lymphe
et du plasma d'une existence avortée,
elle est venue pour récolter son dû,
pour exiger son agio sur les rêves investis
dans la pourriture des terres
et les désirs depuis longtemps extradés
pour crimes de sang,
elle est venue pour insulter le pavillon du vivant,
pour cracher sur la beauté famélique,
pour emporter toute la fragilité du temps
entre ses griffes,
pour lacérer les peaux et les lettres
en hibernation dans la neige cérébrale
elle est venue, clapotante,
prémisse d'une inondation, d'un débordement
sans recours
de tout ce qui nous fait et nous défait.
Elle t'attendait dans un trou invisible du lit,
dans une impasse camouflée entre deux édifices
sur le manche d'une piocher décidée à abattre
le minerai des nuits,
elle est venue pour te démanteler, te démentir,
pour t'effacer d'un coup de patte,
pour changer ton état civil en état servile
des décimations, des éventrations,
en état létal de nature.
Elle est venue en robe de tous les soirs perdus
et déchirés par les fureurs de l'ouragan,
en robe de désespoir mille fois repassée
et qui conserve dans ses replis tous les remugles
et tous les tumultes du sang,
et toutes les distorsions de la pensée,
elle est venue pour t'arracher à toi-même,
à tes pétales, à tes fatalités dans les miroirs,
pour ne laisser qu'un faux-fuyant,
un fil pour recoudre à jamais les paroles
et les entailles des baisers... ( à suivre )

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